Now Playing Tracks

Facultatif

Ils avaient roulé toute la nuit. Roulé jusqu’à ce que les flots de lumière en sens inverse se fassent plus rares, moins denses.
C’était une nuit sans lune et il n’y avait pas non plus d’étoiles, comme toujours aux abords des grandes villes.
Elle avait cessé de le remarquer… leur absence et cela la tracassait sans qu’elle ne comprenne bien pourquoi.
Elle colla sa tête à la fenêtre, regarda par le pare-brise. Non, aucune étoile.

Elle détaillait son profil qui se détachait dans la pénombre. Elle le connaissait par coeur, puis fit ce qu’elle faisait toujours : elle prit sa main posée, patiente en cas de besoin, sur le levier de vitesse. Elle était rassurée de le sentir là, réel, palpable, parce que parfois elle avait ce sentiment que la réalité lui échappait. Qu’elle passait au travers de cette dernière sans y être, sans s’y reconnaître et peut-être même sans y exister elle-même.

Mais il était bien là. Alors elle colla de nouveau la tête à la fenêtre et regarda les couleurs de la ville. Elles étaient plus vives la nuit que le jour, les perspectives différentes et les mensonges des heures les plus sombres avaient meilleur goût sur la langue.

Il n’avait pas parlé depuis de longues minutes. Elle non plus. Il n’y avait rien à dire depuis longtemps. Pourtant, ils aimaient partager ces moments de silence gênant pour d’autres. S’il la touchait, si elle le touchait, il n’y avait pas besoin de paroles.

Ils roulaient sans destination. Pour le plaisir juste en regardant l’aiguille du carburant qui entamait sa lente dégringolade.
Elle réfléchissait en cherchant de nouveau les étoiles qu’elle ne trouverait pas. Mais elle savait déjà l’immensité du vide qui les attendait. Ils étaient aux abords d’une falaise et avec le lever du jour reviendrait la vie. Elle réfléchissait encore plus loin, à leur secret, à ce qui les habiterait toujours dorénavant. Elle pensait aux mots, aux détails, à eux dégoulinants… et maintenant ? Qu’allait-il en advenir ? Elle se le demandait en boucle. Ça et les étoiles. Qu’allait-il devenir du cadavre dans leur coffre ?

Slim darling, you came along and into my arms and into my heart and all the real true love I have is yours – and now I’m afraid you won’t understand and that you’ll become impatient and that I’ll lose you – but even if that happened, I wouldn’t stop loving you for you are my last love and all the rest of my life I shall love you and watch you and be ready to help you should you ever need help.

All the nice things I do each day would be so much sweeter and so much gayer if you were with me. I find myself saying a hundred times a day, ‘If Slim could only see that’ or ‘I wish Slim could hear this.’ I want to make a new life with you – I want all the friends I’ve lost to meet you and know you and love you as I do – and live again with you, for the past years have been terribly tough, damn near drove me crazy. You’ll soon be here, Baby, and when you come you’ll bring everything that’s important to me in this world with you.

—Humphrey Bogart’s letter to Lauren Bacall

Jeux d'enfants

  • Clochette :

    Ben qui que tu sois, c'est toujours toi. Il n'y a qu'une personne qui a cette odeur...

  • Peter :

    Quelle odeur ?

  • Clochette:

    L'odeur de quelqu'un qui glisse sur la cime des vents Peter, l'odeur des mille étés de rire où l'on dormait dans les arbres, d'aventure avec les indiens et les pirates. Oh, tu te souviens Peter, le monde était à nous ! Nous pouvions faire tout... ou rien. Un rien nous suffisait parce que c'était nous.

I hereby chose to let go of the past, of the sorrow and the misery of my soul.
I now seek for the laughter of a friend, the comfort of family and the support of a lover. 
I chose to bring forgiveness upon the two of us, for you are me and I am you.
These are my vows to you, even if we have no name, no form and no identity.
We are on middle ground and it is okay for us to be until we find each other’s heart again.

V. Eros le vaincu ou les mots de l’amour

Le jour ne tarderait plus à s’ouvrir.

La lumière naissante percerait froidement l’obscurité muette de la chambre miteuse qu’ils avaient partagé. Elle viendrait avec une certitude calculée remplir les fibres du fin rideau déjà plus si blanc, accroché à la fenêtre dans l’espoir futile de lutter contre les intrusions du soleil.

Avant peu, elle gainerait chacune d’elles et tuerait ainsi la pénombre qu’ils avaient patiemment attendue la veille.

D’abord, avec une hésitation presque feinte, puis dans la précipitation achèverait ce qui avait commencé avec les bâillements du levant.

 

Allongée, jambes repliées contre elle-même, elle habitait son flanc. Elle n’était plus qu’à un souffle de lui, si proche que lorsque ses lèvres brodaient la dentelle de ses mots, elle ne pouvait empêcher qu’elles ne rencontrent sa peau.

Elle lui parlait, murmurait ce qu’elle souhaitait qu’il n’entende pas dans son sommeil, laissant à la poussière qui saturait l’air de la pièce et les questions et les réponses de ses longues interrogations.

 

Mais le temps viendrait tantôt à manquer alors que l’endroit acceptait déjà la clarté. Le tapis mousseux du sol se creusait des sillons laissés par un phébus grandissant.

Son monologue se faisait supplique, vague conjuration, entêtement de prières pendant qu’elle veillait à son exhalaison.

Elle voulait dire ces mots à son oreille sans pour autant oser bouger du nid qu’elle s’était gagné. Les consonnes et les voyelles entremêlées glissant sur sa langue se faisaient neuvaines en terre consacrée, ponctuées de menus baisers.

 

Et toujours plus loin gagnaient les rayons du soleil dans la chambre. Alors elle gardait les yeux fermés, espérant que la mer d’or refluerait encore.

Elle lui disait tout ça, racontait tout bas les mots de l’amour qu’elle ne devait pas et qu’elle ne pourrait bientôt plus.

Puis, elle sentit la morsure, quand sur son talon chauffaient les premiers tisons du jour. Tout lui était perdu, et la chambre, et les rêves et lui dans sa dernière trêve.


Le feu sur sa peau la ramenait au réel, effaçant sans douceur les délices de son ignorance. Elle savait et avait su, qu’à tout jamais il ne serait plus.

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