Now Playing Tracks

100 ans

Et dire que j’ai failli laisser passer ça, les 100 ans de Duras.

J’ai beaucoup lu et recherché différents genres. Des auteurs m’ont émue aux larmes, mais je ne crois pas avoir jamais connecté autant qu’avec Marguerite Duras.

Je ne prétends pas connaître son œuvre dans son entier, bien au contraire, il me reste encore moult trous à combler tant cet ensemble est vaste.

Pourtant, ses mots et l’urgence dans ceux-ci m’ont touchée… comme des millions d’entre nous je suppose.

Elle fait partie de ces gens-là, qui savent parler aux autres, dont la voix porte plus loin et dont l’âme est certainement plus grande. Cette géante dans ce petit corps.

L’été dernier, j’ai revu “Hiroshima, mon amour” au cinéma et je ne suis pas certaine d’avoir eu le cœur si près de se décrocher ailleurs. Je ne parle même pas de larmes ou de chagrin.

Juste Duras, le cœur à s’en décrocher. Et c’était tout.

En terre étrangère

Je vis en terre étrangère et regarde le monde qui m’arrive, la vie qui me va de travers. 

En cachette, je regarde celle que j’habite.

Jumelles et stéthoscope à la main, j’analyse et dissèque celle qui à ma place se mue et s’agite.

Dans les remugles d’une passion qui s’oxyde, les deux pieds dans le vide. 

J’apprends la mécanique des âmes : bruit sourd, lent et régulier

Tic

Bel automate répétant ses gammes

Sur papier à musique

Tac

Ni dissonance, ni couac

Et bam 

Le drame

Failles et clous mal fichés pour vices cachés derrière portes et fenêtre refermées. 

Je me barricade, à nouveau monolithique, glaciale et métallique. 

Rouge en bouche et coeur terni, les mains noircies par le cambouis, je règle et j’accorde ce corps que l’on me prête - Rigor mortis incomplète.

Encore un effort, juste quelques tours de cric, puisque avec acharnement tu tiens à ces caprices chimériques.

Bukowski, bande originale

« A genoux », il avait commandé
« Sur tes coudes. Tu vas me faire la lecture.»

Elle tourna les pages écornées jusqu’au passage désiré : « Oui ce passage-ci. Il convient parfaitement au moment. »

Elle trouvait la situation cocasse. Il avait pris les rênes, le timide, le maladroit, et il était là, dans son dos, à lui donner des ordres.  

« A la moindre faute. À la moindre hésitation je te le ferai payer. Tu comprends ce que je dis ? »
Il avait bien détaché chaque syllabe qu’il n’y ait aucune méprise sur ses intentions.

Alors elle se mit à lire, docile.
"Et puis on peut toujours se servir au marché du coin, deux ou trois tomates, un concombre rabougri - en fait de voleurs, on est plutôt minus, on attend des coups de chance. Pour les cigarettes, là, pas de problème, il suffit de se promener la nuit, on trouve une voiture ouverte avec un paquet entamé sur le tableau de bord. Le plus du c’est le vin et le loyer. Alors on baise pour oublier. […]"

Elle ne savait pas de quoi elle se réjouissait le plus : du goût que lui laissait la succession de phrases qu’elle roulait dans sa bouche entre deux soubresauts, de ce qu’il lui ferait ensuite ou de la dépravation qui se dégageait du tableau dans son ensemble.

Elle lisait, voix haute et tremblements éclair pendant que lui la dévorait.

Tout ce qu’elle savait c’est qu’elle aimait se vautrer dans la tourbe des récits de folie ordinaire. En réalité, elle en faisait partie. Et lui aussi.
En lui abandonnant son corps, elle jouissait de son esprit.

Il avait posé une main sur sa cuisse et dans l’attente frustrée d’une rouste non méritée, le souffle lui avait déjà manqué : La claque s’abattit sans pitié sur son jarret dodu.

« Pas d’hésitation j’ai dit. »

Elle reprit sa tâche avec une conscience feinte. Elle n’était plus qu’impatience mêlée de crainte. 
"Je sors de la chambre, je m’assieds dans le noir, et je me remets à la bouteille. J’ai perdu toute notion du temps. Je bois une sacrée quantité, puis je vais voir Eve. Elle est énorme, assez ridée, mais elle a des lèvres sensuelles, des lèvres laides, obscènes. J’embrasse cette bouche horrible et superbe. […]"


Et sans prévenir il l’assaillit.

 Butoir et territoire conquis, écartelant sa fleur épanouie sur fond sonore haletant. Explosion.

Elle trébucha dans sa lecture, les coudes glissant, genoux flageolants et équilibre rompu. Dévotion.

« J’ai dit : pas de temps morts ! »
Il articulait au rythme de la danse de ses reins, une main sur sa hanche, l’autre sur sa nuque, lui enfonçant la tête dans l’objet de leur désir.


« Recommence. »

Une pluie de gifles vint alors lui rougir son séant déjà meurtri.

Devant ses yeux, sans pouvoir plus suivre, les lignes se livraient à leur propre danse. Les mots, constellations étoilées sous lesquelles les images hallucinées de son délire prenaient vie. Tous deux aimaient à faire du laid sous les auspices souillées de héros ravagés. Ils étaient comme ces personnages évoluant dans la vacuité d’une vie d’insectes misérables gonflés d’alcool à bas prix. Elle ne voulait rien de glorieux cachée dans la peine ombre, elle attendait qu’il la déshonore, que de son vît, il la fasse expier.

L’arrêtant dans son mouvement, elle tourna la tête, le gardant en joue du coin de l’œil. Elle ne dit rien, ne fit rien pendant longtemps, et puis lentement :

« Ruine-moi. »

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